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Les artisans de sentiers 

  • Publié le 18 févr. 2026 (Mis à jour le 18 févr. 2026)
  • Lecture : 6 minutes
La Tour du Garde-Feu au parc régional de la Montagne du Diable. Photo Zoom Multimédia
La Tour du Garde-Feu au parc régional de la Montagne du Diable. Photo Zoom Multimédia

Vous êtes-vous déjà posé la question à savoir comment sont apparus les sentiers sur lesquels vous marchez ou skiez pendant des kilomètres et des kilomètres? Derrière le vaste réseau de sentiers des régions des Laurentides et de Lanaudière se trouvent des bénévoles passionnés, qui ont à cœur la préservation de la nature et le contact avec celle-ci. Rencontre avec six passionnés impliqués depuis des années dans l’entretien et le développement de sentiers, qui ont chacun une relation particulière avec ceux-ci. 

Le Sentier national au Québec : un projet de passion 

Dans Lanaudière, l’apport de Réal Martel est incontournable dans le développement des sentiers de randonnée. Le fondateur du Sentier national au Québec, qui a vu le jour dans les années 1990 et qui compte aujourd’hui 1830 km, continue aujourd’hui à entretenir des tronçons de sentiers dans la région. Pour lui, le plaisir du bénévolat se retrouve dans les petites choses : le contact avec d’autres bénévoles passionnés, le ressourcement en nature et le respect de celle-ci.  

C’est auprès des Sentiers de l’Estrie que son implication bénévole a commencé. « J’ai eu la piqûre! » Puis, après quelques longues randonnées dans d’autres pays, il s’est intéressé au Sentier national transcanadien, et a réalisé que celui-ci ne se rendait pas au Québec. « Étant président de la Fédération québécoise de la marche, je me suis dit : pourquoi ne développerai-je pas la partie québécoise du sentier? », raconte-t-il. 

Réal Martel est encore très actif pour l’entretien du Sentier national au Québec. Photo Annie-Claude Roberge

 

Après un appel aux bénévoles dans la revue Marche, il a regroupé des personnes qui souhaitaient s’impliquer dans le projet. Des comités ont commencé à se créer et ils ont divisé les tâches : aménagement, balisage, communications, etc. « J’ai travaillé dans huit régions du Québec, à aller donner des coups de main ici et là. Mais j’ai une préférence pour la région de Lanaudière, avec la réserve faunique Mastigouche, qui a un côté plus sauvage », explique M. Martel.  

Aujourd’hui, il participe encore à l’entretien du Sentier national, notamment dans les secteurs de Saint-Émélie-de-l’Énergie, de Mandeville et de la réserve faunique Mastigouche. « On est là en harmonie avec la nature. Si l’on croise une plante plus rare, on va la contourner pour la protéger et mettre un obstacle pour que les gens ne la piétinent pas. Si l’on coupe une branche d’un arbre, on la coupe d’une manière à ne pas l’endommager. » Partager sa passion pour la nature avec d’autres personnes qui ont la même, c’est ce qui garde M. Martel impliqué dans l’entretien du Sentier national au Québec. 

Un nouveau souffle à Val-des-Lacs 

À Val-des-Lacs, la Municipalité a lancé l’année dernière un appel à la population pour la création d’un nouvel organisme : Sentiers Val-des-Lacs. L’objectif derrière est de développer le réseau de sentiers dans cette municipalité des Laurentides qui a vu un de ses sentiers phares, Par Monts et Vals, disparaître en 2020, en raison de coupes forestières. Ainsi, pendant quelques années, ce projet a été mis sur pause. Mais aujourd’hui, la communauté reprend en main ce projet, entre autres grâce au soutien et à l’initiative de la nouvelle administration.  

Parmi les personnes qui ont répondu « présent! » à cet appel à tous, Chantal Cardin et Marc Levasseur, respectivement présidente et membre du conseil d’administration (CA). « À la base, on est des usagers des sentiers depuis plusieurs années. On est toujours à l’affût des développements et des nouveautés. On souhaitait participer à cela. Et on sent aussi que la communauté est ouverte depuis la pandémie », explique Mme Cardin. 

Chantal Cardin et Marc Levasseur, présidente et membre du CA de Sentiers Val-des-Lacs. Photo Médialo – Marie-Catherine Goudreau

La mission de ce nouvel organisme bénévole est de remettre à niveau le sentier Par Monts et Vals, qui reliait Val-des-Lacs à Sainte-Agathe-des-Monts et Lanthier. « On souhaite donner aux citoyens un accès à notre forêt », dit Mme Cardin. Actuellement, près de 3 km de sentier sont accessibles à partir du village, mais se terminent en raison d’une coupe forestière.  

Depuis la première rencontre du CA en novembre 2024, l’organisme a travaillé notamment sur la cartographie afin d’analyser les sentiers potentiels ainsi que les possibilités d’interconnexion avec d’autres endroits dans le réseau. L’été dernier, trois corvées impliquant la communauté ont eu lieu afin d’améliorer les sentiers et construire des ponts. « On est vraiment dans les tous débuts », précise Marc Levasseur, membre du CA. 

La réponse de la communauté est toutefois très bonne, soulignent les deux membres du CA. « Il y a un renouveau aussi dans la population. Les nouveaux arrivants sont des personnes qui veulent profiter de la nature. On a attiré beaucoup de personnes avec nos corvées et même des familles sont venues, indique Marc Levasseur. Les gens nous mentionnent qu’ils sont reconnaissants de ce qu’on fait. » 

Saint-Donat, terre d’aventures 

Le Club de plein air de Saint-Donat repose sur un nombre impressionnant de bénévoles pour entretenir son vaste réseau de sentiers, qui est d’ailleurs gratuit. « Sans les bénévoles, il n’y aurait tout simplement pas de réseau à Saint-Donat », affirme François Arbique, bénévole depuis 15 ans et membre du conseil d’administration depuis 3 ans pour le club. « Jamais une Municipalité ne pourrait se permettre d’avoir ce type de réseau sans bénévoles! » 

Aujourd’hui, M. Arbique consacre une grande partie de son temps au Club : en été et en automne, il travaille surtout en forêt, à construire et réparer passerelles, trottoirs, refuges et sentiers. Comme coordonnateur des sentiers et des refuges, il veille à la bonne marche des travaux, qu’ils soient réalisés par des bénévoles ou par des firmes externes. En hiver, il consacre une partie de son temps aux corvées de bois et à la réparation des équipements. 

François Arbique, bénévole depuis plus de 15 pour le Club de plein air de Saint-Donat. Photo Gracieuseté

Habitant Saint-Donat depuis plus de 30 ans, M. Arbique souhaitait redonner au réseau dont il a largement profité au fil des années. Il voyait aussi dans cet engagement un projet de retraite porteur de sens. « J’ai travaillé comme gestionnaire dans un bureau toute ma vie. Quand j’ai décidé de m’impliquer, c’était clair que je voulais être dans le bois! », dit-il.  

Les défis à Saint-Donat viennent notamment avec l’augmentation de l’achalandage observée depuis la pandémie. Les sentiers ne sont pas nécessairement conçus pour accueillir autant de personnes. Il y a donc beaucoup d’érosion, explique M. Arbique. Il faut alors les détourner ou encore ajouter des trottoirs de bois pour les zones humides. Le club est aussi en attente de financement afin de développer de nouveaux projets, comme la reconstruction du refuge Paul-Perreault. Ce dernier est très important afin de compléter la Grande boucle des hauts sommets de Saint-Donat. 

« L’implication des gens, ne serait-ce qu’une journée ou deux par année, c’est la clé! Ça peut être aussi simple que de prendre des sécateurs et d’aller couper des branches dans un secteur », affirme le bénévole.  

La force des bénévoles au parc régional de la montagne du Diable 

Au parc régional de la montagne du Diable à Ferme-Neuve, une trentaine de bénévoles sont impliqués dans le parc, que ce soit pour l’aménagement de sentiers, la construction de refuges, l’entretien des lieux, l’animation lors d’évènements ou l’organisation d’activités. Les bénévoles sont l’une des forces du parc, estime Réjean Thibodeau, engagé depuis une quinzaine d’années au sein du CA. 

Ce dernier faisait partie du groupe de bénévoles des Amis de la montagne du Diable, qui gérait le territoire lorsque le parc n’existait pas encore. « À la base, je suis un amoureux du plein air, du ski et de la randonnée. Quand j’ai pris ma retraite, plein de gens m’ont sollicité pour être sur le CA de la Montagne du Diable. J’ai finalement accepté! », raconte M. Thibodeau.  

C’est en 1994 que le projet de la montagne du Diable prend forme, alors qu’un groupe d’investisseurs acquiert le terrain. Puis, en 2001, les Amis de la Montagne reprennent le flambeau et vont propulser la montagne vers un développement touristique contrôlé. Le parc régional nait officiellement en 2012, grâce au travail de bénévoles et de plusieurs partenaires durant de nombreuses années. Depuis ce temps, le parc ne cesse de grandir, avec de nouveaux sentiers, de nouveaux secteurs et de nouveaux hébergements. 

Rejan Thibodeau et Annie Venne, bénévoles pour le parc. Photo Zoom Multimédia

M. Thibodeau participe également à l’aménagement de sentiers et de refuges. « Je me promène toujours avec ma sciotte quand je vais dans les sentiers », dit-il. Pour lui, cette implication lui permet d’améliorer son terrain de jeu et de faire en sorte que le plus de gens possible en profitent. « Je suis très fier de participer à tout ça! »  

Le bénévole aime particulièrement créer des sentiers à partir de zéro. « J’aime bien trouver plusieurs chemins pour créer des boucles, ce que les gens adorent. Je me déplace en raquettes, je mets des rubans, et ensuite, on commence à défricher. J’essaye de suivre les courbes de niveau, de passer à côté des ruisseaux pour que ce soit agréable, de trouver des endroits où il y aura moins d’arbres à couper. C’est comme un petit jeu de se promener et de trouver les bons couloirs », rapporte le bénévole.  

Si le parc peut compter sur une équipe permanente pour l’entretien des sentiers, il compte aussi de nombreux bénévoles toujours prêts à venir prêter main forte.  

Un réseau basé sur l’implication bénévole, de Lac-Supérieur à Saint-Donat 

André Marcoux est bénévole pour le Réseau Inter-Centre depuis plusieurs dizaines d’années. Au début, il skiait dans le réseau, puis il a commencé à s’impliquer progressivement dans l’entretien du sentier. Il est aujourd’hui le président du conseil d’administration.  

Ce réseau de sentiers, reliant Lac-Supérieur à Saint-Donat, repose entièrement sur l’implication bénévole. « Ça été parti par des gens qui aimaient le plein air. Le responsable de la Traversée des Laurentides, Pierre Gougoux, souhaitait traverser jusqu’à Lanaudière, par les montagnes Blanche, Noire et Grise. Puis, il y a eu de l’aide financière pour construire le sentier et il a été reconnu par le gouvernement. C’était en 1982! », dit André Marcoux. Toutefois, c’est seulement en 1996 que le sentier, situé intégralement sur des terres publiques, sera homologué, ce qui assure sa pérennité et le protège par des lois. « Si on n’avait pas ça, on n’aurait plus de sentier. » 

Photo Gracieuseté

Le défi aujourd’hui est de trouver des bénévoles pour assurer la relève, notamment au conseil d’administration. « On est capable de trouver des bénévoles pour l’entretien et pour quelques corvées, mais des personnes qui vont siéger sur le conseil, c’est plus difficile », explique André Marcoux. « Ça prend plus que trois ou quatre bénévoles. Ça prend des gens impliqués, pour qui le plein air leur tient à cœur. » 

« Moi, je me suis fait des amis en étant bénévole. On appelle ça des corvées, mais ce n’est pas une corvée du tout! J’avais hâte d’y aller. Tu rencontres des gens qui partagent la même passion. Il ne faut pas que ce soit une obligation. » 

Le réseau Inter-Centre est l’un des plus beaux sentiers de ski nordique dans la région selon certains. Mais l’organisme ne souhaite pas grandir – simplement de préserver ce joyau est en soi un défi. Des organismes composés uniquement de bénévoles pour entretenir un réseau de sentiers, il en existe très peu.  

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